D’octobre 2016 à juin 2017, le Conseil départemental de la Seine-Saint-Denis organise un cycle de cinq conférences-débats, intitulé « Les Heures Innovantes de la Seine-Saint-Denis ». Objectif : faire émerger des idées nouvelles ou révéler les initiatives existantes, avant de les porter à l’échelle nationale.

Cette démarche vise l’innovation et l’émulation plus que le débat d’experts. Le Département de la Seine-Saint-Denis souhaite avant tout permettre aux talents du territoire de se rencontrer et de croiser leurs regards avant de porter leurs idées originales. Des personnalités de premier plan y seront également conviées en tant que « grands témoins ».

Télécharger ici le programme complet des Heures Innovantes de la Seine-Saint-Denis.




Débat n°3
La transition écologique : une nouvelle   frontière du progrès pour les habitants des quartiers populaires ?


Cette troisième conférence des Heures innovantes de la Seine-Saint-Denis a eu lieu le 1er février au Salon d'honneur de la Préfécture - Hôtel du Département à Bobigny.

Stéphane Troussel - Christiane Taubira

Le mot de Stéphane Troussel, Président du département de Seine-Saint-Denis

« La Seine-Saint-Denis et ses habitants ont des solutions à proposer »

La question de la transition écologique est devenue centrale dans l’agenda politique, institutionnel mais aussi pour l’ensemble de la société. Au Nord comme au Sud, les premières victimes de la pollution sont, bien souvent, les plus vulnérables, c’est-à-dire les plus fragiles et les plus pauvres. Notre territoire est l’illustration qu’il faut mettre en œuvre une transition écologique des quartiers populaires, car les défis y sont plus forts, mais également parce qu’un grand nombre d’atouts pour réaliser le changement écologique y sont présents. En matière de mobilités et de réparation des coupures urbaines causée par les grands axes autoroutiers, mais aussi d’habitat, avec un enjeu particulièrement fort, la rénovation énergétique de plus de trois quarts des logements mal isolés.

Nous devons mettre au service de la transition écologique les grands projets d’avenir de la Seine-Saint-Denis, et notamment la construction programmée du tiers des gares du futur Grand Paris Express. Les initiatives locales exemplaires sont nombreuses comme le projet de tour maraîchère, à Romainville, ou encore les expériences de réutilisation des matériaux déconstruits pour le réaménagement d’espaces.

Il nous faut désormais accentuer notre effort. En matière d’habitat, nous devons changer d’échelle et nous fixer un objectif de 15 à 20 000 réhabilitations par an. Notre département représente également un fort potentiel d’emplois verts et pourrait accueillir un pôle universitaire de formation en environnement. La volonté politique est au rendez-vous et doit être renforcée. Mais nos efforts seront vains sans la mobilisation de chaque citoyen. Nous devons multiplier les initiatives et montrer que cet enjeu collectif nécessite l’engagement de chacun. La Seine-Saint-Denis et ses habitants ont des solutions à proposer, mais pour donner corps à ces projets, il faut que l’ensemble de la société et les pouvoirs publics soient au rendez vous.

Frédérique Denis, « Les initiatives individuelles et les grandes politiques publiques doivent se rencontrer »

A l’échelle de notre département, les politiques publiques doivent soutenir la transition écologique en encourageant, par exemple, les jeunes entreprises de l’économie verte. Nous soutenons également l’économie sociale et solidaire qui permet de créer des emplois par le développement durable. Il faut toutefois prendre en compte les initiatives de terrain portée bien souvent par les citoyens ou les acteurs locaux. Elles sont porteuses d’innovation et de mieux vivre ensemble. Ces deux mouvements, ces deux polarités, doivent désormais se rencontrer. Chaque initiative individuelle doit pouvoir s’inscrire dans une politique publique. Il s’agit de poursuivre nos investissements importants et de les mettre au service de ce travail de dentelle sur le terrain. La transition écologique est ainsi, au delà des aspects environnementaux, une question de démocratie.


Lumière sur nos idées


Lumière sur nos idées - Débat 2

L'éclairage de notre invité

L'éclairage des invités

Bettina Laville, Présidente du Comité 21

« La massification doit être le chantier prioritaire des années 2020-2030 »

Je suis très attachée aux mots car ils révèlent l’évolution de notre conception de l’écologie. On a ainsi assisté progressivement à l’avènement de la « transition écologique », sans doute au détriment du « développement durable ». Or, je tiens particulièrement au « développement durable » car il concilie développement économique, protection de l’environnement et développement social. Quand on parle de transition écologique ou de transition économique, on traite séparément l’écologie et l’économie. Le développement durable a pour avantage de ne jamais séparer le social, l’économique et l’environnemental.

Un autre terme important et très actuel est celui de la « massification ». Elle représente le principal défi qu’il va nous falloir relever dans les années à venir. L’enjeu est de réussir à généraliser à l’ensemble de la société des expériences locales passionnantes, novatrices et efficaces. Celles-ci, même si elles fonctionnent, sont encore trop anecdotiques.Le politique peut ici jouer un rôle essentiel en permettant le déploiement d’initiatives locales à l’échelle de territoires plus larges. La massification sera le chantier des années 2020-2030. Elle doit être une priorité politique.








Débat n°2
Identités culturelles,  identités sociales : quel nouveau projet commun pour une identité républicaine ?


Cette seconde conférence des Heures innovantes de la Seine-Saint-Denis a eu lieu le 9 novembre aux Archives Nationales de Pierrefitte-sur-Seine.

Stéphane Troussel - Christiane Taubira

Le mot de Stéphane Troussel, Président du département de Seine-Saint-Denis

« La Seine-Saint-Denis doit pouvoir se reconnaître dans le récit national. »

Face à la glaciation identitaire en cours, face à l’égoïsme et à l’individualisme, la Seine-Saint-Denis a une responsabilité, celle de porter un discours offensif et mobilisateur pour l’avenir. Elle doit également s’opposer, systématiquement, aux tentatives de repli sur soi et à la xénophobie ambiante.

La Seine-Saint-Denis a un problème d’image. Elle est stigmatisée et critiquée. Le pays la regarde avec des yeux inquiets. Plus jeune, plus populaire et plus métissée que le reste du territoire, la Seine-Saint-Denis n’en est pas moins le reflet. Elle est à l’image d’un pays qui, finalement, ne veut pas se voir tel qu’il est vraiment. Elle est le miroir de la France : jeune, multiculturelle et dynamique.

La Seine-Saint-Denis doit porter un discours fédérateur et mobilisateur. Pour cela, il ne faut pas se voiler la face, il faut que les habitantes et habitants de la Seine-Saint-Denis puissent se reconnaitre dans le récit national et dans l’avenir de son pays. Pour pouvoir se projeter collectivement, il faut que nous assumions collectivement toute notre Histoire, avec ses parcours pluriels, contrairement au roman national que certains aimeraient réécrire.

L’identité de notre Département s’est notamment construite grâce aux vagues d’immigration successives. Les habitants de notre territoire ont donc besoin de se reconnaître dans ce récit commun.

Le  massacre des algériens en marge de la manifestation du 17 octobre 1961 doit notamment devenir une date reconnue de l’Histoire de France, permettant de mettre en lumière cette partie noire de l’histoire de la colonisation et de la décolonisation.


L'intervention de Christiane Taubira

« La République n'exclut pas, elle inclut. »

La réalité de la France est d’une grande diversité : régionale, territoriale, identitaire. Son Histoire est également celle d’une grande diversité, culturelle, faite d’histoires particulières, de langue, d’art, de musique, de gastronomie, de rapport au territoire immédiat et à l’univers, d’interrogations sur les fins de l’Homme, etc.

Il ne faut donc plus s’accrocher à une vision archaïque, binaire, et fantasmée de l’Histoire. Il n’existe pas d’identité figée. Nos identités ont des racines multiples. La République nous accorde la liberté d’avoir nos singularités, parfois causes de divergences, d’antagonismes, voire de luttes sociales.

Il semble aujourd’hui essentiel de préserver, de rassembler toute cette diversité et de lui donner une unité. Pour cela, il est nécessaire de réécrire le contrat social afin d’établir un nouveau pacte entre la puissance publique et les citoyens.

Il faudra aussi réinvestir collectivement les notions qui définissent la République dans la Constitution : indivisibilité, laïcité, démocratie, objet social. Car la République est surtout la chose publique, elle est une alchimie de sa société toute entière.


Lumière sur nos idées


Lumière sur nos idées - Débat 2

L'éclairage de nos invités

L'éclairage des invités

Réjane Sénac, sociologue et universitaire
« Il nous faut inventer une égalité sans condition. »

Pourquoi un pays comme la France, qui se positionne comme un pays exemplaire, a autant d’ombre dans ses lumières ?

Notre histoire a d’abord été celle de l’exclusion puis celle de l’inclusion sous condition. Actuellement, nous en sommes encore à l’étape de la justification de l’inclusion. On voit également apparaître une forme de justification économique : dans la logique de marché, même les politiques d’égalité doivent désormais apparaître comme rentables. Un rapport  rendu par le Conseil d’Analyse Économique a notamment montré que les discriminations dans le travail coûtent des centaines de milliards d’euros. Cet argument économique est dangereux car il ouvre une brèche à une marchandisation du principe d’égalité.
Face à une crise globale autour de notre devise républicaine et en particulier autour des notions d’égalité et de fraternité, il nous faut inventer une égalité sans condition et ne pas se laisser imposer nos singularités. L’égalité n’est pas, et ne doit pas, être synonyme de similitude car l’égalité n’est pas l’égalitarisme.


Saïd Hammouche, fondateur de Mozaïk RH
« Il ne faut pas oublier d'être dans l'action. »

En France il y a deux types de fracture identitaire : sociale et géographique. Les jeunes adultes, en particulier, font face à cette dualité.

La République fabrique ces inégalités. Mais elle apporte aussi des solutions qui fonctionnent et qui permettent de les gommer. Aujourd’hui, le problème n’est pas la politique d’immigration, la question fondamentale concerne plutôt l’inclusion économique. Par le travail, chacun peut trouver sa place dans la République. Il faut promouvoir ces actions afin de permettre à des jeunes et des moins jeunes issus de notre territoire d’accéder au marché du travail sans discrimination en fonction de leur âge, de leur origine, de leur couleur de peau ou de leur lieu de résidence.



Débat n°1
Quelles nouvelles politiques de solidarités locales et nationales ?


Le mot de Stéphane Troussel, Président du département de Seine-Saint-Denis


Nous sommes le miroir grossissant de la France telle qu’elle est réellement

Mardi 4 octobre, nous étions une soixantaine réunis, aux côtés de Marie-Hélène Bacqué et de Pierre Joxe, à Bobigny, pour lancer « Les heures innovantes », un cycle de conférences-débats inédit en Seine-Saint-Denis. Avec, comme premier thème de réflexion : « Quelles nouvelles politiques de solidarités locales et nationales ? ». J’ai souhaité initier ce cycle car tout contribue à faire de notre département un territoire qui compte. Dans un pays vieillissant, nous sommes le département le plus jeune de France. Nous concentrons aussi toutes les contradictions d’un pays de plus en plus inégalitaire, avec une précarité qui s’aggrave et des sièges d’entreprises toujours plus nombreux. La Seine-Saint-Denis est, en quelque sorte, devenu le miroir grossissant d’une France telle qu’elle est réellement, contrastée, complexe, loin des clichés. Il était donc assez logique d’aborder, pour ce premier rendez-vous, la question de l’innovation sociale. La solidarité fait partie de l’ADN de notre territoire. C’est aussi, pour moi, une source de fierté. Il est probable que, dans les mois prochains, des voix de plus en plus nombreuses s’élèveront pour remettre en question ce principe qui est pourtant au cœur du vivre-ensemble. Il nous faudra alors défendre nos arguments et nos idées innovantes. Ces quelques heures de réflexion collective nous permettrons, j’en suis sûr, de peser un peu plus dans ce débat et de porter, au delà de notre territoire, nos valeurs et nos solutions.



Lumière sur nos idées




L'éclairage de nos invités


Marie-Hélène Bacqué, sociologue et universitaire

« Ces vingt dernières années, le rôle des travailleurs sociaux a beaucoup changé. On leur demande de rendre compte de leur travail de manière très chiffrée, ils n’ont plus le temps d’être sur le terrain, au plus près des usagers. Comment faire pour que le service public redevienne un service aux publics ? Il faudrait redonner un pouvoir d’action aux usagers de ces services sociaux, les inclure à la réflexion sur ce qu’est, aujourd’hui, le rôle d’un travailleur social ».


Pierre Joxe, médiateur de la Seine-Saint-Denis et ancien ministre
« Aujourd’hui, la multiplication des juridictions sociales est une source d’inégalités assez effrayante. Par ailleurs, des millions de Français n’ont pas recours à une prestation sociale alors qu’ils y ont droit, tout simplement parce qu’ils ne font pas la démarche. A tel point que notre pays est un champion du non-recours. Je propose deux pistes de solution : d’une part, la mise en place de meilleurs systèmes d’information en direction des potentiels bénéficiaires et, d’autre part, le regroupement des juridictions sociales pour faciliter les recours lorsque cela est nécessaire ».